Mais WTF !

Badaboum! Les résultats sont tombés. Après des mois d’attente interminables, je suis enfin fixé: la France est Conne ! Enfin non j’exagère, près de 25% des français sont soit cons, soit racistes, soit les 2. Allez, j’abuse encore puisque ce sont 25% des non-abstentionnistes qui le sont. Merde, ça diminue pas mal mes statistiques tout ça vu que l’abstention se porte à près de 57% aux dernières élections européennes.

Oh mais attendez, du coup, l’abstention gagne les élections avec la majorité absolue! C’est fun ça. Imaginez un peu. 74 sièges vides au parlement européen dus à l’abstention française. Vu que l’abstention dans les autres pays est sensiblement la même, nous avons donc une victoire par K.O. de l’abstention, le parlement est rempli de fauteuils vides. Belle victoire, applaudissons bien fort l’abstention pour sa campagne électorale exemplaire. Vous devez être fière de vous. On peut même imaginer son interview:

-Que pensez-vous de vos résultats extraordinaires lors de ces élections?

– Je m’abstiens de tout commentaire.

– Très bien merci.

Non sans blague, revenons au sujet initial: la victoire nette et franche du FN en France. Ils ont quand même réussi à faire un beau 25% qui tâche. L’UMP récolte un 21% honorable au vu des casseroles qu’il traîne derrière lui. Et le PS est à la traîne avec un 14.5% lourd de sens. Alors honnêtement, ces résultats me choquent et provoquent le relâchement de mon sphincter œsophagien inférieur et de mon œsophage entier expulsant ainsi tout le contenu gastrique. En d’autres termes, j’ai envie de vomir… Je m’attendais à une percée fulgurante du FN. Mais de là à le voir en tête et loin devant, ça me révulse. Et après y avoir bien réfléchi, je ne comprends pas.

L’abstention, je la comprends. Les gens en ont marre de voter pour du vent. Ils voient bien que rien ne change entre bonnet blanc et blanc bonnet. Ils ont préféré profiter du soleil et de leur maman, ok ça je comprends.

Le vote FN, je comprends moins. D’autant moins, lors d’une élection européenne. Non mais sans blague, leur profession de foi ne parlait que de la France et d’abolir l’Europe. Pourquoi donc vous présentez-vous pour être député européen si vous haïssez l’Europe. Je sais pas moi, mais c’est un peu contradictoire. Ou alors, vous voulez juste un beau salaire et un logement de fonction pour pouvoir financer votre haine? Moi si je suis contre la tauromachie, je ne vais pas devenir torero. A l’extrême droite, ça ne les dérange pas.

Passé cette contradiction, je ne comprends toujours pas l’intérêt des français pour ce parti aux racines racistes et antisémites. Oui, ne l’oublions pas, derrière le sourire crispé de Marine, il y a l’oeil de verre de Jean Marie avec ses répliques bien senties sur les juifs, la Shoah, etc… On me souffle dans l’oreillette que les français veulent du changement et qu’ils en ont ras-le-bol des politiciens. D’accord, c’est vrai, moi aussi. Mais je n’ai pas voté FN. Full disclosure: j’ai voté Nouvelle donne.

Tout réside donc là: le FN incarne, pour la majorité des français (hors abstentionnistes), le changement et l’espoir d’une classe politique meilleure, d’une vraie démocratie, d’une économie florissante… Ahem… Sérieusement? Vous y croyez vraiment? Vous croyez réellement que Marine va nous sortir de la crise en rétablissant des postes douaniers aux frontières et en instaurant un marché français privilégié refusant les biens et marchandises étrangères? Vous croyez vraiment qu’en abolissant les aides sociales aux plus pauvres et démunis au seul titre qu’ils sont étrangers ou qu’ils ne travaillent pas durs va nous ramener des milliards? Vous croyez vraiment que le FN va œuvrer pour votre liberté d’expression et utilisera les services de police et de renseignement en toute transparence?

Si vous croyez cela, les militants FN sont vraiment très forts. Ils ont réussi à vous faire rentrer dans le crâne uns sacré paquet de conneries. Parce que oui, ce sont des conneries dignes du voyant-magnétiseur qui m’a laissé un flyer sur mon pare-brise m’expliquant qu’il pouvait me rendre heureux, fort, sexuellement supérieur tout en éradiquant les démons de mon corps (Big up à toi Mamadou!).

D’autres me disent qu’une phase FN est nécessaire pour tout assainir. Il faut en passer par là pour retrouver ensuite une vraie bonne démocratie. Ainsi, m’expliquent-ils avec leur air sérieux et intellectuellement supérieur, qu’il faut passer par une dictature ou un régime fasciste pour permettre au peuple de se révolter et de faire naître une nouvelle politique plus respectueuse et démocratie. Alors là, je suis sur le cul. J’applaudis avec force cette idée merveilleuse. Cassons tout, brûlons tout et tant pis pour les dommages collatéraux. Ces gens là sont quand même prêt à prendre de sacrés risques pour un avenir plus qu’incertain. C’est à la limite de la folie là. Il faudra demander à Dr Rufo son avis sur la question.

Du coup, j’ai des envies d’expatriation. Oui, je suis un mec lâche qui n’aime pas son pays. Mais bon, après avoir regardé autour de moi, j’ai vu que ces idées étaient quand même assez répandues. L’extrême droite est à la mode semble-t-il. A moins que la bêtise soit contagieuse… Serait-ce une maladie? Comment se transmet-elle? Est-ce génétique? Dr Rufo, revenez, on a d’autres questions…

Non sérieusement, j’ai quand même peur. Peur de ce qu’on va devenir. parce qu’au final, il y avait des alternatives. J’ai cité Nouvelle donne. Bon ce n’était pas parfait. Mais il y avait des bonnes idées: non cumul en quantité et en durée, un poil de tirage au sort, un chouïa de revenu de base, un retour à l’agriculture paysanne, et j’en passe… Pour le coup, c’était une alternative à la politique de papy. Il y en a qui se remuent et qui inventent, J’en ai rencontré des passionnés qui avaient de supers idées et une motivation à revendre. Mais tant qu’on préférera voter FN au lieu de les écouter, ça ne pourra qu’empirer.


 

Amis électeurs du FN, ne le prenez pas mal hein, ne me reniez pas hein, faut rigoler… ou pas.

Découverte du mélodica

Petite pause dans les articles sur l’agriculture. J’ai eu la chance d’avoir en cadeau il y a quelques jours un mélodica tout beau tout neuf. J’avais annoncé à certains qu’une vidéo sortirait dès que j’aurai maîtrisé la bête. Donc voilà, c’est fait et il y en a même deux!😉

La première est une reprise de La Dispute de Yann Tiersen présente dans le film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. La deuxième est un petit bonus. Ce titre a eu une version sur à peu près tous les instruments sur You Tube et ailleurs donc, je me suis dit, pourquoi pas au mélodica. Les fans apprécieront… ou pas

 

 

Voilà voilà. La pause est finie. La bise et à bientôt

Menaces sur la biodiversité

champ-en-jacheresDans le précédent article, je mentionnais la menace qui pèse sur la biodiversité, promettant d’y revenir plus en détails. Un document de la FAO  (Food And Agriculture Organization) fait le constat alarmant de la perte de biodiversité dans le monde : Plus de 90% des variétés agricoles ont disparu des champs et 75% de la nourriture provient de seulement  12 plantes et 5 espèces animales. Comment en sommes-nous arrivés là ?

La Productivité

En Europe, il faut remonter à la fin de la seconde guerre mondiale. L’Europe est détruite, la population a faim et il faut vite trouver un moyen de nourrir tout le monde. On commence donc à défricher les arbres, aplanir les sols, regrouper les parcelles et mécaniser la production. C’est le début de l’agriculture industrielle ou de la mal nommée révolution verte.

Les grands acteurs de l’agro-industrie vont bourrer le crâne des politiciens et des agriculteurs et leur montrer que la monoculture sur de grands espaces est le meilleur moyen de nourrir efficacement tout le monde. Il faut savoir que les agro-industriels étaient pendant la guerre ceux qui produisaient les différents gaz toxiques que l’on retrouvait sur les champs de bataille. Ces mêmes entreprises ont recyclé leurs produits chimiques pour en faire des insecticides, herbicides, fongicides. Ils ont ensuite peu à peu pris le contrôle des semences grâce à l’aide des politiques et de l’OMC. A tel point que 5 compagnies contrôlent 75% de la semence potagère mondiale.

Sous couvert de gain de productivité, les semences se sont homogénéisées. Seules les espèces les plus rentables (pour les entreprises) ont été conservées et vendues aux agriculteurs. L’avènement du droit de propriété et des brevets a fini de verrouiller le système. Il est interdit à un agriculteur de réutiliser une semence brevetée car elle ne lui appartient pas. De toute façon, il lui serait presque impossible de les réutiliser car la majorité sont des semences hybrides F1 qui ont la particularité de ne pas se reproduire ou d’être dégénérescente.

Le catalogue national

Mais pourquoi ne pas garder les anciennes variétés dans ce cas ? Boycottons les Monsonto et Cie et cultivons nos propres semences pour préserver la biodiversité.

Pas si simple ! Le catalogue national est là pour veiller à ce que cela ne se produise pas. Le décret 81-605 du 18 mai 1981 stipule que :

Le ministre de l’agriculture tient un catalogue comportant la liste limitative des variétés ou types variétaux dont les semences et plants peuvent être “mis sur le marché” sur le territoire national. L’inscription sur le catalogue est subordonnée à la triple condition que la variété soit distincte, stable et suffisamment homogène.

Prétextant une sécurité et une efficacité accrue pour les agriculteurs, le lobby des semenciers a réussi à mettre en place une liste officielle des semences qui peuvent être vendues. Toute espèce non inscrite ne peut être commercialisée. Bien sûr, pour y figurer, il faut remplir des conditions très strictes, d’abord financières en payant un droit d’entrée et de maintien au catalogue, puis concernant la DHS (Distinction, Homogénéité et Stabilité). La variété doit être différente des autres existantes, avoir des plantes identiques et être suffisamment stable dans le temps.

Et que retrouve-t-on dans ce catalogue ? Oh surprise, Une large majorité de semences hybrides F1 provenant des grosses firmes. En 2004, 96% des tomates du catalogue étaient des hybrides et 1% seulement des anciennes variétés (Cf analyse de Kokopelli)

Le système est donc cadenassé et la biodiversité est fortement menacée.

Les irrésistibles gaulois

Face à l’agro-industrie, certains se rebellent et choisissent de ne pas respecter le catalogue officiel afin de préserver les variétés anciennes en voie de disparition. C’est le cas de l’association Kokopelli qui arrive à maintenir une collection de 2200 variétés. Grâce à ses jardiniers bénévoles, ils s’échangent et produisent les semences qui ne devraient plus être commercialisées car absentes du catalogue national. Ils s’engagent également à promouvoir ces semences dans les pays pauvres afin d’aider les agriculteurs bien souvent acculés devant les prix exorbitants des agro-industriels.

Mais cette activité n’est pas sans risque. L’association est en pleine procédure judiciaire avec la société Graines Baumaux qui leur demande 100 000€ de dommages et intérêts et l’arrêt de leurs activités. Après une première condamnation au TGI, Kokopelli a fait appel du jugement.

La nouvelle PAC est arrivée, toujours aussi amère

20101102_europeEn juin dernier, la Politique Agricole Commune (PAC) a enfin été réformée après plusieurs années de négociations acharnées entre les 27 pays de l’Union Européenne. L’objectif était de rendre la PAC plus verte et plus équitable tout en maintenant les objectifs de productivité. Au final, les textes finaux manquent d’ambition et laissent place à une disparité entre les pays européens.

Une réforme nécessaire

Le système des aides actuel est basé en grande partie sur les surfaces agricoles. Ainsi, plus vous possédez d’hectares, plus vous toucherez une grosse enveloppe de Bruxelles. Le prix moyen à l’hectare en France était en 2010 de 268€. Les agriculteurs sont donc poussés à s’agrandir et à acheter de plus en plus de terres pour percevoir un maximum d’aides. Les grandes exploitation sont donc favorisées au détriment des petites fermes qui disparaissent peu à peu entraînant avec elles des destructions d’emploi et une perte de savoir-faire.On assiste à une vraie course à l’hectare entre les exploitations. La répartition des aides est alarmante: 6% des exploitations perçoivent à elles seules 21% du montant total des aides. Par contre, les petits exploitants avec moins de 50 ha doivent se partager 13% des aides alors qu’ils représentent 46% des exploitations françaises.

Il n’est pas étonnant de constater dès lors que la majorité des cultures se portent vers le mais, le colza, le blé… Ce type de culture convient parfaitement à ce système privilégiant l’hectare à la qualité. La PAC ancienne génération était un vrai moteur pour l’agriculture dite industrielle ou conventionnelle. Les agriculteurs investissaient dans des équipements flambant neufs et achetaient des terres pour pouvoir les financer. Comme les cours des céréales sont plutôt avantageux comparés aux autres cultures, ils abandonnent peu à peu la polyculture et se spécialisent. C’est ainsi que l’on a vu disparaître de nombreuses espèces de légumes et plantes en Europe. D’une part à cause de l’arrêt de petits paysans et d’autre part à cause de la prédominance de la monoculture (on verra dans un autre article que ce ne sont pas les seules raisons…)

Les conséquences de cette agriculture industrielle sont désastreuses pour la biodiversité mais également pour la qualité des aliments qui sont toujours plus arrosés de produits toxiques en tous genres. L’objectif de l productivité maximale a fait perdre de vue le but premier de l’agriculture: nourrir la population avec des aliments sains. Désormais on cultive des plantes malades sur une terre morte qui fourniront des aliments toxiques (un article viendra étayer ce triste constat…). Voilà la logique de la PAC actuelle.

La PAC à la carte

Le 26 juin dernier, les politiques européens ont donc réussi à trouver un accord sur une nouvelle PAC. Mais l’on sent bien le poids des marchés et de agro-industrie dans cette nouvelle mouture.

D’abord, les marchés donc. Depuis 1992, l’agriculture européenne est entrée dans la mondialisation. Pour maintenir une certaine protection des prix, des quotas avaient été instaurés et permettaient ainsi de protéger les agriculteurs contre les variations des prix trop importantes. Mais les marchés ont fini par avoir raison de ce système qui faussaient soit-disant la concurrence. Les quotas laitiers ont été revus peu à peu à la hausse pour disparaître totalement en 2015. C’est une des raisons de la crise du lait que nous connaissons depuis ces dernières années. Cette nouvelle PAC réaffirme la suppression progressive des quotas laitiers et sucriers. Encore une victoire des marchés sur l’agriculture.

Ensuite, l’ agro-industrie. Certains pays militaient pour un verdissement de la PAC. Le système de subventions adossées à l’hectare a montré ses limites et un système privilégiant la culture biologique était proposé. Le résultat est assez risible. Il y a bien un volet verdissement mais les obligations pour les agriculteurs sont assez minces: 30% des aides seront conditionnées à une diversification des cultures et à la mise en place de zones d’intérêt écologique. Mais les proportions sont faibles. Au delà de 30ha, 3 cultures différents devront être présentes sachant qu’une seule culture pourra aller jusqu’à 75% de la surface et les deux principales jusqu’à 95%. Pour la zone d’intérêt écologique, l’obligation ne porte que sur 5% de la surface. Autant dire que c’est un vert très pale que nous propose cette PAC 2.0.

Le système de l’aide à l’hectare reste donc en place mais avec le souhait de mieux harmoniser et de rééquilibrer les subventions entre agriculteurs. On a vu que les grandes exploitations céréalières étaient favorisées par rapport à un éleveur de chèvre par exemple. Désormais, une certaine convergence devra exister afin de rendre l’élevage plus attractif. L’objectif étant d’arriver en 2019 à 60% de la moyenne nationale tout en limitant la perte à 30%. Cela veut dire que les céréaliers verront leur aide à l’hectare diminuer au profit des éleveurs afin de converger vers la moyenne nationale. Une convergence à 100% veut dire que chaque agriculteur perçoit la même aide à l’hectare. Tout ceci est expliqué dans ce PDF.
Mais pour ne blesser personne, chaque pays sera libre d’adapter à sa façon les mesures prises par Bruxelles. Certains pays se contenteront donc du strict minimum et continueront à favoriser les grandes cultures conventionnelles. D’autres seront plus ambitieux et iront plutôt dans le sens d’une agriculture raisonnée et plus juste. La France continue de tâtonner (cf. pdf précédent). Elle envisage une rémunération plus forte des premiers 50ha ce qui permettrait de réorienter un peu la balance.

 

Cette nouvelle PAC semble encore une fois avoir abdiqué devant les grands lobbys de l’agro-industrie. Certes, elle ouvre la voie à des pratiques plus écologiques et cherche à réduire les inégalités mais elle ne va pas assez loin. Elle reste fermement attachée à l’économie de marché et ne souhaite pas entendre les revendications des paysans qui s’efforcent avec beaucoup de mal à produire de bons produits de qualité en dehors du système conventionnel voué à l’échec. L’agriculture paysanne reste encore et toujours menacée de disparition et avec elle, notre terroir, nos traditions et notre santé.

Teikeis et AMAP : la nouvelle relation Producteur-consommateur

teikeiLa mondialisation a complètement transformé le lien qu’avait le consommateur avec le producteur. Désormais, rares sont ceux qui s’inquiètent de l’origine des aliments présentés dans les rayons des grandes surfaces. Le circuit de distribution est devenu un enchevêtrement d’intermédiaires qui ont réussi d’une part à augmenter les prix de vente et de l’autre à appauvrir (si ce n’est asservir) l’agriculteur. Face à ce constat désarmant, les AMAP en France et les Teikeis au Japon sont une bouffée d’oxygène pour ceux qui souhaitent sortir de ce système.

 Une initiative japonaise

C’est au Japon que l’alternative à cette agriculture mondialisée et normalisée est apparue via les Teikeis (Partenariat en français). Dans les années 1960, les japonais ont dû faire face à la propagation des nouvelles pratiques agricoles dites à haut rendement. Les agriculteurs ont été poussés par le contexte économique de l’époque à produire davantage et ont donc introduit les engrais, pesticides et herbicides dans leurs cultures. Mais en parallèle, la population a commencé à s’inquiéter des effets sur la santé de ces produits chimiques et ont été confortés dans leurs doutes avec la catastrophe de l’eau de mer polluée au mercure après une fuite dans une usine électrochimique.

C’est ainsi que sont nés les Teikeis. Ce sont des japonaises, mères de famille, soucieuses de l’avenir de l’agriculture qui ont eu cette initiative, rejoints par les petits producteurs refusant les nouvelles méthodes agricoles. Ils ont créé ensemble de petites communautés où le producteur fournissait directement aux consommateurs ses produits en échange de leur souscription à sa récolte. Pour simplifier, les consommateurs possèdent une part de la récolte de l’agriculteur qu’ils ont acheté à l’avance. Puis chaque semaine ou deux fois par semaines, ils viennent chercher les produits récoltés par le paysan. En échange de cette souscription aux récoltes, le producteur s’engage à ne pas utiliser de produits chimiques dans son exploitation. Ils ont ainsi mis en place une charte regroupant l’ensemble des principes fondateurs du Teikei.

Ce nouveau système agricole s’est ensuite exporté en Amérique du nord avec les CSA (Community Supported Agriculture) puis en France avec les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne). En 2009, on comptait environ 1200 AMAP en France et leur nombre ne cesse d’augmenter.

Une toute autre philosophie

A première vue, on peut être tenté de réduire ce système à un simple circuit court de vente. Mais le concept est bien plus riche que cela. Comme l’atteste la signification même du mot Teikei, il s’agit d’un partenariat, d’une collaboration entre des consommateurs et des producteurs. Cette relation modifie d’ailleurs les rôles de chacun. Certains parlent d’ailleurs de consom’acteurs.

Les adhérents prennent part à la distribution en intervenant bénévolement dans la conception des paniers de fruits et légumes qui seront distribués à chacun. Mais ils participent également parfois aux récoltes. Il est courant, surtout au Japon, que les adhérents prêtent main forte au cultivateur afin de récolter les légumes qu’ils auront plus tard dans leur panier. Certains sont même prêts à remplacer l’agriculteur si celui-ci doit s’absenter ou est immobilisé par un soucis de santé.

Il ne s’agit plus ici de relation vendeur/client. D’ailleurs, le mot même de vente est souvent absent des discussions. Aucune somme d’argent n’est échangée lors de la remise des paniers puisque les adhérents achètent la part des récoltes au tout début et pour une période d’un an ou d’un semestre selon les modalités du contrat. Il s’agit plus d’une nouvelle forme de troc plutôt que d’une simple vente. Les japonais considèrent que l’argent versé en début d’année n’est que la juste rétribution du travail de l’agriculteur. Ils récompensent ainsi son labeur. En aucun cas, ils disent acheter leurs aliments.

Tout repose sur la confiance et l’entraide. Personne n’est là pour contrôler le contenu des paniers. Il n’y a pas de portique de sécurité sonnant à chaque étiquette suspecte suivi d’un vigile bourru vous ordonnant de vider votre sac. Le respect est une valeur centrale dans ces communautés. Respect de l’autre mais aussi respect de la biodiversité et de la santé.

Vous ne verrez pas dans les AMAP des tomates en décembre. Vous ne verrez pas non plus dans les hangars du producteurs des tonnes d’engrais ou de pesticides. La culture bio est le socle du système. Même si au Japon, tout repose encore une fois sur la confiance. Ils ne souhaitent pas passer par les instances de certification imposant parfois des règles qui ne sont pas adaptées aux particularités locales. Ils font confiance en leur relation fraternelle voire familiale. Certains teikeis ont mis en place leur propre organisme de contrôle afin de contrecarrer les tentatives de réglementation de l’Etat. De plus, la certification au bio a un coût qu’ils ne souhaitent pas avoir à supporter. En France, les AMAP insistent surtout sur le circuit court et la saisonnalité, moins sur le bio même si les principes de l’agriculture biologiques sont aussi souvent respectés. Ceci pour les mêmes raisons qu’au Japon. Les agriculteurs ne souhaitent pas forcément avoir le logo AB et devoir payer des sommes importantes pour la certification. Les prix restent donc raisonnables. Le producteur gagne un revenu décent en supprimant les marges des intermédiaires et le consommateur paye environ le même prix voir moins qu’en grande surface pour un produit de meilleure qualité.

La solidarité et l’entraide intervient également en cas de mauvaise récolte. L’ensemble des membres en assume les conséquences et soutient l’agriculteur.

 

Ces systèmes ont complètement hacké le modèle actuel de distribution des produits agricoles mais également la méthode de production. Mais au delà, on observe également la création d’un nouveau lien social. Et c’est finalement ce qui manque cruellement à notre société aujourd’hui. Mais la généralisation de ce système va à l’encontre des principes de la mondialisation. La population est habituée à manger des bananes et des tomates en hiver. Mais surtout elle s’est habituée à un certain confort (ou dépendance?) dans son acte d’achat. Pour certains, il est inconcevable de devoir aider son fournisseur et devoir partager ses pertes. Il reste un gros effort de communication et d’acculturation à produire. Mais les Teikeis et les AMAP nous montrent une nouvelle voie qui pourrait bien être notre échappatoire à cette course folle au rendement et au progrès instiguée par  l’agro-industrie.

Article initialement publié sur http://www.excentrz.fr

Le BRF laboure les certitudes de l’agro-industrie

Moisson-sous-peupliers-vezenobres_4Depuis quelques années maintenant, les médias ne cessent de nous parler de la crise de l’agriculture. Les agriculteurs français ne se gênent d’ailleurs pas pour se faire entendre à propos des quotas qu’on leur impose ou des aides trop maigres de la PAC… Pourtant, certains ont décidé de faire autrement et de renoncer à ce fatalisme. Au lieu de rester enfermés dans le système agricole actuel dominé par les industries chimiques, ils ont hacké le processus en reprenant une technique dite des BRF.

De l’arbre à la carotte

BRF pour Bois Raméal Fragmenté. Ce nom un peu barbare nous vient du Québec et plus précisément de Gilles Lemieux et Lionel Lachance, membres du Département des Sciences du Bois et de la Forêt de l’Université Laval . Initialement, il s’agit donc de recherches dans le domaine forestier. Le but recherché était de résoudre les problèmes de terres arides en y réimplantant une forêt par le biais du BRF. Mais après les résultats probants observés, ils ont émis l’hypothèse que les propriétés du BRF pouvaient être bénéfiques à d’autres régions du monde mais aussi à d’autres domaines et notamment le maraîchage et l’agriculture dans son ensemble.

La technique repose sur les nutriments et autres éléments actifs contenus en abondance dans les rameaux des arbres feuillus. C’est dans cette partie de l’arbre que l’on observe la plus forte concentration d’éléments nutritifs qui permettront par la suite la formation de feuilles et de fruits. En coupant ces rameaux et en les incorporant dans le sol après les avoir déchiquetés, le sol va pouvoir se régénérer, se reconstruire et permettre de faire pousser des plantes là où auparavant rien ne sortait de terre. Ce phénomène biologique est appelé pédogenèse.

Actuellement, les techniques agricoles consistent à répandre des engrais chimiques, des pesticides et fongicides sur les cultures afin de leur permettre de pousser sur un sol de plus en plus fatigué. Si l’on traverse l’océan, l’industrie agroalimentaire fournit même des semences génétiquement modifiées afin de pousser correctement et de résister aux différents produits qu’on leur administre. Ces méthodes de rendement à court-terme ont conduit à une fragilisation des sols et à leur appauvrissement. La terre autrefois fertile est désormais morte et n’est même plus capable d’absorber suffisamment d’eau.

Le BRF résout tous ces problèmes et sans aucun apport chimique. La technique reste somme toute relativement simple. Un agriculteur français, Jacky Dupéty, a décidé en 2003 d’appliquer la technique du BRF dans son exploitation située sur les causses du Quercy, dans le Lot. Il explique clairement sa démarche sur son site et dans des conférences dont celle-ci effectuée à TEDx Paris en 2011 :

Voici donc les 4 étapes clés : D’abord, il faut couper les rameaux et branches qui ont un diamètre inférieur à 7cm. Après les avoir regroupées en tas, il faut procéder au broyage afin d’en faire des petits morceaux qui vont ensuite être épandus sur la terre sur une couche de 3 à 5cm d’épaisseur. Après quelques mois, le BRF doit être incorporé dans les 10 premiers centimètres du sol.

Jacky Dupéty a pu, grâce à cette technique, cultiver des légumes réputés impossibles à obtenir sur les causses. Les tomates, carottes, poireaux, font désormais partie intégrante de sa production.

La révolution des rameaux

On sent bien l’importance d’une telle technique sur l’agriculture dite « moderne ». Le premier enjeu qui vient à l’esprit est évidemment écologique. Le BRF permet de renoncer à toute sorte d’intrants et produits chimiques. Le sol s’occupe de tout. Plus besoin d’épandre des pesticides ou des engrais. Plus besoin également d’arrosage. C’est une véritable économie pour les agriculteurs. Vous vous posez sûrement la question du rendement. Il est vrai que l’industrie agroalimentaire a fait tellement de lobbying pour démontrer que la méthode optimale était celle de la chimie… Et bien c’est un mensonge éhonté. Avec le BRF, les rendements sont de 100 à 170 % supérieurs ! Toutes les études des canadiens montrent que le BRF est la solution offrant les meilleurs résultats en terme de rendement. Et la qualité des légumes est nettement supérieure. Le taux de matière sèche est beaucoup plus important que dans les cultures classiques. Le goût est donc plus prononcé.

Mais au delà de cet intérêt écologique évident, l’enjeu pourrait être encore plus important dans les pays défavorisés et désertiques de l’Afrique. Des projets sont menés dans ces pays où la faim et la pauvreté fait rage. Edmond Zongo, agroforestier burkinabé, s’est investi dans la promotion du BRF au Burkina Faso. Il a étudié les impacts de cette technique dans son pays et a montré que les rendements étaient supérieurs et que des économies considérables pouvaient être réalisées grâce à l’absence de produit chimiques et d’arrosage. Grâce à cette méthode, les paysans peuvent redevenir auto-suffisants et vendre leurs surplus. C’est un enjeu crucial pour lutter contre la pauvreté dans cette région défavorisée.

Une agriculture repensée

Le BRF a cependant des limites qu’il est nécessaire de prendre en compte. Premièrement, l’approvisionnement en BRF est une question cruciale qui peut amener à des dérives. Si le BRF se généralise, certains pourraient être poussés à défricher des parcelles entières de feuillus afin de s’approvisionner en rameaux. On pourrait ainsi perdre tout l’intérêt de cette technique. Il convient alors de repenser l’agencement de l’exploitation. Au lieu d’avoir des champs à perte de vue comme c’est le cas aujourd’hui, on pourrait imaginer des rangées d’arbres ou de haies disposées régulièrement sur le champ cultivable. Cela apportera la matière nécessaire pour le BRF. Notons que l’application des rameaux sur le sol se fait une fois tous les 5 ans. On pourrait donc envisager le retour à des espaces du type bocager.

Le deuxième point d’interrogation vient à la méthode de broyage. La méthode manuelle avec une machette, telle qu’elle est appliquée en Afrique risque fort d’être décourageante pour les grandes surfaces agricoles. Évidemment, il est nécessaire d’avoir recours à un broyeur. Mais le risque est de voir apparaître dans quelques années une multitude de ces machines à devoir détruire ou recycler en partie quand elles seront usées. Le coût de ces engins peut aussi être un frein important pour certains. Il serait intéressant de s’organiser en collectifs. Au lieu d’avoir une machine pour chaque exploitant, un regroupement par commune ou associations pourrait être judicieux.

 

Le BRF permet une réelle révolution de notre système agricole actuel. Les agriculteurs pourraient enfin renoncer à leur dépendance envers l’agro-industrie tout en gardant voire augmentant leurs rendements. Nous pourrions aussi lutter efficacement contre les déséquilibres alimentaires dans le monde en permettant aux pays défavorisés de retrouver une économie agricole performante. Reste à convaincre la population que l’industrie agroalimentaire ment afin de protéger ses propres intérêts et qu’une solution plus pérenne et plus respectueuse à la fois de notre santé et de la biodiversité existe…

Article publié initialement sur http://www.excentrz.fr

PSES 2013 : des confs, des barbus et des chatons

pses1Le week-end dernier se déroulait Passage En Seine 2013 à la Cantine à Paris. Pendant quatre jours, les conférences et ateliers se sont succédés sur des thèmes allant de l’éco-habitat à la surveillance abusive…

J’y suis allé vendredi et je n’ai pas été déçu. J’ai d’abord été impressionné par le nombre de personnes que j’ai pu croiser là-bas. Beaucoup de hackers, hacktivistes mais aussi quelques « figures » du net comme Benjamin Bayart ou Laurent Chemla. C’était étrange de mettre des visages sur certains pseudos mais passons aux choses intéressantes : le programme.

J’ai d’abord suivi une conférence sur ce que j’appelle l’éco-habitat. Michèle Turbin nous a présenté un projet d’habitation ayant pour but de lier l’Homme et la nature. Grâce à des matériaux et techniques peu énergivores et à un aménagement réfléchi des différents espaces, ces architectes souhaitent mettre en place un nouveau modèle d’habitat qui respecterait la nature et renforcerait le lien social.

La deuxième conférence proposée par Numendil démontrait que nous voulions tous finalement préserver une part de vie privée et faisait tomber le mythe du « Je n’ai rien à cacher ! ». On me rétorque souvent quand je parle chiffrement des mails ou sécurisation des données que « de toute façon, je n’ai rien cacher ». Et souvent, il est dur de démontrer l’inverse à ces personnes. On tombe souvent dans un dialogue de sourd et ça ne fait rien avancer. Cette conférence fera sûrement changer d’avis à certains.

Les autres présentations qui m’ont marqué sont celle de Turblog et sa @maisonquitweet, tant par l’ingéniosité de son système de domotique que par le charisme du monsieur (je vous conseille vivement de regarder ses conférences), celle du collectif Sous Surveillance qui lutte contre la surveillance abusive et généralisée dans les espaces publics (leur boulot est assez impressionnant), et celle de Benjamin Sonntag qui nous donnait une solution pour enfin mettre une bonne fessée aux spammeurs qui nous pourrissent nos boites mail avec son outil Spamker.

J’ai malheureusement dû quitter Paris en début de soirée en ayant un goût de peu. J’aurais voulu parler à beaucoup plus de personnes même si j’en ai croisé déjà quelques-unes. Mais le temps m’a manqué…

Heureusement l’ensemble des conférences est disponible sur le net et je vous conseille vivement d’y jeter un œil. Il y a de vrais perles. Je n’ai pas encore pu toutes les visionner mais je peux déjà vous recommander celle de Notre Dame des Landes, celle de Kitetoa « Daisy’s underware » et celle de Jeremie Zimmermann de la quadrature du net. J’ai de quoi occuper mes soirées vidéo pendant un moment et si je trouve le temps, je vous referai peut-être un petit résumé des confs qui m’auront le plus marqué.