Menaces sur la biodiversité

champ-en-jacheresDans le précédent article, je mentionnais la menace qui pèse sur la biodiversité, promettant d’y revenir plus en détails. Un document de la FAO  (Food And Agriculture Organization) fait le constat alarmant de la perte de biodiversité dans le monde : Plus de 90% des variétés agricoles ont disparu des champs et 75% de la nourriture provient de seulement  12 plantes et 5 espèces animales. Comment en sommes-nous arrivés là ?

La Productivité

En Europe, il faut remonter à la fin de la seconde guerre mondiale. L’Europe est détruite, la population a faim et il faut vite trouver un moyen de nourrir tout le monde. On commence donc à défricher les arbres, aplanir les sols, regrouper les parcelles et mécaniser la production. C’est le début de l’agriculture industrielle ou de la mal nommée révolution verte.

Les grands acteurs de l’agro-industrie vont bourrer le crâne des politiciens et des agriculteurs et leur montrer que la monoculture sur de grands espaces est le meilleur moyen de nourrir efficacement tout le monde. Il faut savoir que les agro-industriels étaient pendant la guerre ceux qui produisaient les différents gaz toxiques que l’on retrouvait sur les champs de bataille. Ces mêmes entreprises ont recyclé leurs produits chimiques pour en faire des insecticides, herbicides, fongicides. Ils ont ensuite peu à peu pris le contrôle des semences grâce à l’aide des politiques et de l’OMC. A tel point que 5 compagnies contrôlent 75% de la semence potagère mondiale.

Sous couvert de gain de productivité, les semences se sont homogénéisées. Seules les espèces les plus rentables (pour les entreprises) ont été conservées et vendues aux agriculteurs. L’avènement du droit de propriété et des brevets a fini de verrouiller le système. Il est interdit à un agriculteur de réutiliser une semence brevetée car elle ne lui appartient pas. De toute façon, il lui serait presque impossible de les réutiliser car la majorité sont des semences hybrides F1 qui ont la particularité de ne pas se reproduire ou d’être dégénérescente.

Le catalogue national

Mais pourquoi ne pas garder les anciennes variétés dans ce cas ? Boycottons les Monsonto et Cie et cultivons nos propres semences pour préserver la biodiversité.

Pas si simple ! Le catalogue national est là pour veiller à ce que cela ne se produise pas. Le décret 81-605 du 18 mai 1981 stipule que :

Le ministre de l’agriculture tient un catalogue comportant la liste limitative des variétés ou types variétaux dont les semences et plants peuvent être “mis sur le marché” sur le territoire national. L’inscription sur le catalogue est subordonnée à la triple condition que la variété soit distincte, stable et suffisamment homogène.

Prétextant une sécurité et une efficacité accrue pour les agriculteurs, le lobby des semenciers a réussi à mettre en place une liste officielle des semences qui peuvent être vendues. Toute espèce non inscrite ne peut être commercialisée. Bien sûr, pour y figurer, il faut remplir des conditions très strictes, d’abord financières en payant un droit d’entrée et de maintien au catalogue, puis concernant la DHS (Distinction, Homogénéité et Stabilité). La variété doit être différente des autres existantes, avoir des plantes identiques et être suffisamment stable dans le temps.

Et que retrouve-t-on dans ce catalogue ? Oh surprise, Une large majorité de semences hybrides F1 provenant des grosses firmes. En 2004, 96% des tomates du catalogue étaient des hybrides et 1% seulement des anciennes variétés (Cf analyse de Kokopelli)

Le système est donc cadenassé et la biodiversité est fortement menacée.

Les irrésistibles gaulois

Face à l’agro-industrie, certains se rebellent et choisissent de ne pas respecter le catalogue officiel afin de préserver les variétés anciennes en voie de disparition. C’est le cas de l’association Kokopelli qui arrive à maintenir une collection de 2200 variétés. Grâce à ses jardiniers bénévoles, ils s’échangent et produisent les semences qui ne devraient plus être commercialisées car absentes du catalogue national. Ils s’engagent également à promouvoir ces semences dans les pays pauvres afin d’aider les agriculteurs bien souvent acculés devant les prix exorbitants des agro-industriels.

Mais cette activité n’est pas sans risque. L’association est en pleine procédure judiciaire avec la société Graines Baumaux qui leur demande 100 000€ de dommages et intérêts et l’arrêt de leurs activités. Après une première condamnation au TGI, Kokopelli a fait appel du jugement.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :