Ruinart Blanc de Blancs, la maîtrise du Chardonnay

La dégustation du jour va se porter sur un Ruinart Blanc de Blanc, ouvert pour la naissance de ma fille. J’ai personnellement avec Ruinart une histoire d’amour qui a démarré à mon adolescence, c’est en fait le premier champagne que j’ai gouté. Autant dire que cela a biaisé considérablement mon avis sur le champagne pendant de nombreuses années. J’ai mis beaucoup de temps à retrouver un champagne au moins aussi bien construit que le « R » de Ruinart et ce n’est que récemment que je me suis ouvert aux autres produits de la maison, notamment le rosé, et plus récemment le Blanc de Blancs.

Pour ceux qui l’ignore, l’appellation Blanc et Blancs est extrêmement réglementée (plus que le Blanc de Noirs, mais nous y reviendrons dans un prochain billet). Le champagne ne doit être élaboré qu’à partir de raisin blanc, de Chardonnay donc (en champagne ne sont autorisés que le Pinot Noir, le Pinot Meunier et le Chardonnay, et seul ce dernier est un cépage blanc), ayant poussé uniquement sur la Côte des Blancs, une région bien particulière en champagne, très exposée au soleil. Lorsque l’on parle Chardonnay, on s’attend à une grande fraicheur, que ce soit en champagne ou non d’ailleurs et c’est ce que l’on attend donc avant tout d’un Blanc de Blancs.

Mais alors que donne ce Ruinart Blanc de Blancs. La bouteille, spécifique à Ruinart, est déjà par elle-même éclatante. En plus de l’élégance caractérisée par la maison, le bouteille dégage une sensation de fraîcheur, le verre transparent laissant apparaitre la robe de ce Blanc de Blancs. Confirmation une fois dans le verre, à l’œil ce Ruinart est doré et translucide, avec un éclat assez prononcé. Le nez n’est pas en reste, très floral, mais surtout très frais. Le savoir faire de Ruinart se fait clairement ressentir, avec notamment une certaine complexité. La bouche enfin est formidablement bien construite, encore une fois très fraiche, l’ensemble se tient bien, et l’on prend beaucoup de plaisir à la dégustation. La longueur est franchement parfaite et le final royal. Malgré l’absence de Pinot Noir, ce Ruinart nous propose une grande intensité, alliée à la finesse du Chardonnay.

Le pari pour Ruinart était risqué, la maison utilisant en grande majorité du Pinot Noir, cépage au caractère puissant par définition. On peut à présent aisément dire qu’ils maitrisent également le cépage blanc de champagne. Le seul problème finalement c’est qu’après y avoir gouter, le « R » de Ruinart parait bien fade. Seul le prix risque de freiner d’éventuels acheteurs, 60€ la bouteille, soit presque 2 fois le brut classique. Un mal nécessaire..?

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Dom Pérignon Vintage 2002, Impérial!

Aujourd’hui à la dégustation je vous propose le non moins prestigieux Dom Pérignon Vintage 2002. Est-ce vraiment nécessaire de faire les présentations ? Pour ceux qui l’ignore, il s’agit de la cuvée prestige de Moët et Chandon, et donc par extension LVMH, cependant certains détails amènent à penser que Dom Pérignon tendrait à devenir une cuvée indépendante. Sans exagérer, pratiquement toutes les années sont millésimées par la maison, même les années moyennes. Notons par exemple le 1999, qui n’était certes pas une mauvaise année, mais un millésime plutôt moyen, pas suffisant pour en faire, logiquement, une cuvée prestige. Chez un autre producteur de champagne cela aurait simplement donné un cru millésimé, et non une cuvée prestige. C’est ce qui vaut là le désamour des amateurs de champagne, au profit de maisons plus élitistes, Ruinart par exemple avec son Dom Ruinart dont seules les excellentes années sont millésimées (et encore…). Malgré tout, même si Dom Pérignon millésime la grande majorité des années, cela n’entache en rien selon moi la qualité des bonnes. D’ailleurs, les versions Oenothèques sortent régulièrement pour les meilleurs millésimes, conservés plus longtemps en cave que les versions Vintages, elles sont de meilleures qualités. Il s’agit là finalement de la cuvée prestige de Dom Pérignon.

Et voilà donc que pointe le nez d’un Vintage 2002, très grande année en champagne (meilleure que 1996 pour certains experts, c’est pour dire) sur la table d’un apéritif entre ami. La première impression avec une Dom Pérignon c’est avant tout la curiosité et l’admiration. La bouteille en impose clairement, on sait que l’on passe aux choses sérieuses. On remarque d’ailleurs que sur l’étiquette il n’y a plus la mention « Moët et Chandon » comme par le passé, signe de la volonté d’indépendance de la maison.

Une fois versé, la première chose qui frappe c’est la robe de ce millésime 2002. Elle est dorée et éclatante, avec une certaine élégance. La bulle est présente, et une mousse délicate se forme. C’est clairement une sensation de finesse qui ressort à l’œil. Le nez est quant à lui développé, très bien construit, avec des notes fruités assez discrètes. La bouche est éclatante, sans trop en faire et de notes de pains d’épices se dégagent. La bulle est fine, présente, sans être dérangeante. La longueur est excellente, et le final réellement convainquant, ce que l’on attend d’un champagne de cette qualité.

Reste malgré tout une sensation de jeunesse dans ce champagne. 10 ans pour un millésimé, et notamment pour une cuvée prestige telle que celle-ci, c’est un peu court, et cela se sent. Certaines saveurs peinent à arriver, et quelques années de plus ne seront pas de trop.

Rendez- vous est donc pris pour une seconde dégustation d’ici quelques années, en attendant ce Vintage 2002 reste une grande réussite. Un vrai coup de cœur, n’en déplaise aux anti-buveurs d’étiquettes.

Sancerre Rosé 2010, peut mieux faire…

Aujourd’hui je vous propose à la dégustation un Sancerre Rosé 2010, « Moulin des Vrillères », du domaine de Christian Lauverjat. Le Sancerre est un vin blanc de Loire, que j’apprécie tout particulièrement, et plutôt abordable (une dizaine d’euros en moyenne). 2010 est une année correcte en Loire, avec peu de risque de déception. Dans ses versions rouge et rosé, il est composé uniquement de Pinot Noir, contre du Sauvignon pour leur homologue blanc. Cépage de qualité, je pensais retrouver un vin intense et développé. Voyons le résultat.

Cela peut paraitre étonnant, mais l’étiquette est déjà un bon indicateur de la qualité du vin. En effet l’appellation est écrit en gros, pour la distinguer en premier. Cela signifie donc que le producteur ne peut pas miser sur son nom et compte donc sur l’appellation (souvent galvaudée…) pour vendre. C’est donc ici très mauvais signe.

L’oeil est malgré tout agréable et nous offre une robe couleur grenat. Elle est clair, profonde, et il se dégage une réelle luminosité. Un très bon point pour un vin d’été. Cependant la déception arrive vite, avec un nez très fruité… trop fruité. L’ensemble est assez peu harmonieux, de la pomme, de la framboise. Le tout nous arrive de façon désordonnée, et trop prononcée, le vin en est presque agressif. En bouche ce n’est pas beaucoup mieux, très acide et une vinosité légèrement délavée. Le final est malgré tout frais, et la longueur plutôt bonne.

Finalement la déception vient de l’étiquette. Avec un Sancerre on s’attend à un vin mieux construit, plus harmonieux. Là nous avons certes un bon rosé, mais un mauvais Sancerre. Par ailleurs, son prix par rapport à d’autres rosés joue contre lui, 10 euros alors qu’il est possible de trouver un bon Bordeau Rosé, plus intense, mais deux fois moins cher. Bref une grande déception, reste maintenant à voir ce que donne le rouge…

Châteaux l’Angelus 1982, la référence

Pour entamer la partie « Dégustation » de Saveur Libre, je vous propose de commencer par une bouteille qui est devenue pour moi une référence, le Château l’Angelus. Oui nous commençons fort. Les années 1980 ont été très généreuses avec le bordelais, et nous ont offert des vins d’une qualité exceptionnelle, et ce « petit » ange ne fait pas exception. 1982 en est une des meilleures, avec 1985 et 1989. Pour ceux qui l’ignorent il s’agit d’un Saint Emilion Grand Cru Classé. Même si les appellations ont clairement perdu de leur intérêt avec les années, certains Saint Emilion Grand Cru Classé n’arrivant même pas à la cheville d’un Saint Emilion « tout court », les « Classé » assurent malgré tout d’un vin de qualité. Le château utilise des cépages classiques dans le bordelais, le Cabernet Franc et le Merlot. Mais voyons le résultat une fois dans le verre.

Dès l’ouverture de la bouteille (ou du « flacon », pour les plus snobs), on constate qu’elle n’est pas un enfant de coeur. Ouverte délicatement à l’aide d’un couteau de sommelier, le bouchon vient sans difficulté. Je fais d’ailleurs une parenthèse concernant les tire-bouchons de type screwpull, ils sont à proscrire pour ce genre de bouteille, au risque de mettre le bouchon en morceau, il mérite mieux que cela tout de même. Sur un rosé pour le barbecue c’est très bien, mais sur une bouteille de cette qualité et surtout âgée de 30 ans, il faut l’ouvrir avec un certain doigté. Bref revenons en à notre belle.

La robe est intense, extrêment sombre, d’une grande profondeur, et la teinte pourpre. Même à l’aveugle il aurait été facile de déceler son âge avancé. Un bel éclat se dégage du verre, et une grande clarté. L’oeil donne clairement envie d’en savoir plus. Le nez est très complexe, beaucoup de saveurs se dégagent, mais le tout est très structuré. On distingue clairement  des notes de fruits rouges, cassis notamment. Très expressif, il n’en est pas pour autant gênant. On est ici sur un nez très développé. Avec la bouche c’est l’apothéose, la douceur est suave et le corps musclé. Les tanins sont subtils, nous exposant clairement qu’il était temps de l’ouvrir. Le final est quant à lui persistant, et la longueur solide.

Inutile donc d’en rajouter, ce Château L’Angelus 1982 est clairement devenu pour moi « LA » référence. C’était mon premier millésime du Château, cela ne sera clairement pas le dernier. Il n’échappe malheureusement pas aux règles actuelles du marché, et son prix atteint les 150-170 euros pour les derniers millésimes. Ce 1982 est trouvable en règle générale aux environs de 100 euros.

Nouvel an italien

Le réveillon du nouvel an est pour ce soir, et comme nous tous vous souhaitez profiter de la soirée sans vous ruiner. Saveur libre a pensé à vous. Le symbole des fêtes de fin d’année est sans conteste le champagne. Convivial et facile d’accès pour les non connaisseurs, c’est clairement un alcool fédérateur. D’ailleurs, malgré la présence de nouveaux alcools à l’image plus jeune, il a toujours sa place en boite et dans les soirées friquées… Ou pas.

Bref le champagne, c’est beau, c’est bon, mais seulement si on en met le prix. Eh oui, autant il est toujours possible de trouver de petit domaine pas cher en Bourgogne ou dans le bordelais, autant en champagne, à moins de 20€, on a rien de très fameux. Alors bien sûr il existe de petits domaines, mais souvent introuvables dans le commerce, il faut se tourner vers un caviste, ou sur internet. Et entre nous, ce n’est plus si intéressant que cela. Les derniers jours de l’année étant assez chargés comme cela, on a rarement le temps de passer dans une boutique spécialisée, et internet c’est bien, mais entre les frais de port et le délai de livraison, vous ouvrirez la bouteille à la mi-janvier.

Quelle est donc la solution? Se tourner vers un crémant? Le choix est vaste: Loire, Alsace, Bourgogne… Mais cela reste encore cher, et l’on est pas sûr de la qualité du produit. Personnellement, j’ai souvent été déçu, trop de bulles, nez fort et désagréable, et l’on fini le lendemain avec des maux de têtes terribles.

Mon bon plan de la fin d’année ne se trouve pas en France, mais en Italie et se nomme Prosecco. Il est assez simple d’en trouver en supermarché, pratique au moment des courses pour la Saint Sylvestre. L’appellation suit les règles de la methode champennoise, seul le cépage utilisé change, puisqu’il s’agit uniquement du cépage Prosecco, au lieu des trois cépages utilisés en champagne (Pinot Meunier, Pinot Noir et Chardonnay).

C’est un raisin blanc qui donne donc un vin effervescent très frais, une bulle souvent fine et agréable. Je ne cite pas de « maison » particulière car en règle générale on a une qualité, un nez et une bouche constante. Il ne souffre en effet pas des charges qu’impose l’appelation Champagne, ni d’un budget marketing exorbitant comme certaines maisons (Moët en tête).

Pour parler finance, le Prosseco vaut en qualité un champagne de 20€, sauf qu’il n’en coute que 6… Il est donc plus simple d’en prendre un caisse, et l’on a moins mal au coeur de s’en servir pour des cocktails.

La seule difficulté finalement c’est de passer au dessus de notre chauvinisme et d’acheter un vin étranger… Personnellement j’ai eu du mal!

Liens externes:

Site de l’appellation Prosecco: CONEGLIANO VALDOBBIADENE PROSSECCO SUPERIORE
Page Wiki du Prosecco: Prosecco Wiki

Le plaisir libre

Quoi de plus normal pour inaugurer cette rubrique, ainsi que mon premier poste sur Saveur Libre, que de parler de plaisir. L’oenologie est souvent utilisé dans les repas dans le but de se faire mousser. En même temps, quoi de plus simple que de sortir une Lynch Bage 2000 ou La Conseillante 2005 pour épater la galerie. A une centaine d’euros les 75 centilitres, on peut difficilement se tromper. Pourtant, même Pétrus a ses mauvaises années. Ce n’est pas mieux du côté des puristes du vin, pour qui les buveurs d’étiquettes ne sont que des hérétiques.

Le plaisir se situe selon moi entre les deux, savoir profiter d’une Haut Brion, tout en s’ouvrant à des petites exploitations du sud ouest. Ceci est d’autant plus vrai en champagne, où les intégristes ne jurant que par les petits exploitants crient haut et fort qu’une Dom Perignon ne serait même pas digne de remplir leur chasse d’eau. Alors qu’entre nous, une Dompé 2002 ca ne se refuse pas.
L’intérêt d’ouvrir une bouteille entre amis vient aussi de l’échange, du partage. On a pas forcément les bons mots pour exprimer ce que l’on ressent au début. Il est par exemple très difficile de discerner avec précision les arômes. Pour autant, cela n’empêche en rien d’apprécier un vin plutôt qu’un autre.
Bref je pense qu’avant tout, il est important de prendre du plaisir, l’ouverture d’une Angelus 1982 entre amis m’en a récemment persuadé. Savoir gouter un vin c’est donc avant tout savoir en profiter.
Maintenant, en ces temps de crise, il faut plus que jamais s’ouvrir à des producteurs moins connus, les grandes maisons de bordeaux notamment deviennent pour ainsi dire inaccessibles. Même les prix en champagne, relativement fixes en règle générale, bien que souvent assez élevés, ont tendance à monter au fur et à mesure des millésimes.
Le plaisir n’a pas de prix…
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